FRANÇOIS : UN PONTIFICAT INTENSE ET COURAGEUX
Published Date:16 février 2026

Dans les premiers jours qui suivirent l’élection du pape François, ses amis venus de Buenos Aires pour le rencontrer furent frappés par la vitalité et l’énergie du nouveau pape. Ils l’aimaient et l’admiraient, et se réjouissaient naturellement de son élection. Cependant, durant les dernières années de son ministère d’archevêque, ils eurent l’impression qu’il était moins énergique et vif que par le passé, peut-être parce qu’il approchait de ses 75 ans et, par conséquent, de la fin de la mission pastorale à laquelle il avait consacré toute son énergie pendant si longtemps. Plus d’une fois, j’ai entendu certains d’entre eux faire remarquer qu’à Rome, ils avaient trouvé un homme différent, en quelque sorte beaucoup plus jeune et dynamique que celui qui venait de quitter l’Argentine..

Même ceux qui travaillaient avec lui à Rome, sans l’avoir jamais rencontré auparavant, étaient frappés par la vivacité et l’énergie qui se manifestaient jour après jour, de façon assez surprenante et, d’une certaine manière, croissante, chez un homme qui n’était plus tout jeune et dont la santé physique n’était certainement pas irréprochable. Dans ses fonctions pastorales et ses audiences, il ne ménageait aucun effort, sans se protéger même des intempéries. Il se lançait sans hésiter dans ces voyages internationaux épuisants que son prédécesseur avait désormais reconnus comme étant désormais au-dessus de ses forces. Il y avait quelque chose d’extraordinaire là-dedans. Un jour, lors de son premier voyage en Corée, je lui demandai en toute confiance comment il expliquait cette énergie inattendue. Il répondit aussitôt et très simplement : « C’est la grâce de l’État. » Il voulait dire – comme le sait tout croyant – que si la volonté de Dieu vous place dans une certaine situation de vie ou vous confie une mission, il vous donne en même temps toute la grâce nécessaire pour accomplir ce qu’il attend de vous.

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L’exhortation apostolique la plus importante demeure sans doute la magnifique exhortation Gaudete et exsultate (« Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse »), « sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel » (2018). Pour ceux qui avaient une image très restreinte du pape François, le réduisant à un homme essentiellement tourné vers les questions sociales, cet ouvrage fut une merveilleuse surprise. Il a révélé à tous la profondeur spirituelle de sa perspective et sa capacité à éclairer le quotidien, ravivant cet « appel universel à la sainteté » par lequel le Concile Vatican II a accompli son grand discours sur l’Église et sa mission. Les « saints d’à côté », la « classe moyenne de la sainteté » – non seulement les saints canonisés, mais aussi les parents qui aiment leurs enfants, les travailleurs qui rapportent chez eux le pain de leur labeur, les personnes âgées et les malades qui sourient, les bénévoles qui prennent soin des autres avec sérénité… marchent parmi le peuple de Dieu, et nous nous sentons accompagnés et encouragés par eux. Mais en réalité, ces saints sont ceux qui écoutent et suivent l’Esprit Saint, qui les accompagne et les aide à « discerner », à chercher et à trouver avec joie et ferveur le chemin d’un amour toujours plus généreux et désintéressé, semblable à celui de Jésus[7]. François nous a également fait participer à ses dévotions les plus chères, celles qui l’ont toujours accompagné, bien avant son pontificat. Pensons à la lettre apostolique dédiée à saint Joseph, Patris corde (Avec un cœur de père), en 2020. Le jour même de la solennité de saint Joseph, François célébrait l’inauguration de son pontificat. Pensons aussi à l’exhortation apostolique dédiée à sainte Thérèse de Lisieux, C’est la confiance en 2023. Enfin, François nous a de nouveau surpris en dédiant sa dernière encyclique, la quatrième, au Sacré-Cœur de Jésus : Dilexit nos (Il nous a aimés), en 2024.

Ce magnifique hymne final à l’amour de Dieu pour nous en Jésus-Christ nous ramène naturellement aux discours sur la miséricorde divine qui ont marqué les premières années de son pontificat. Toute la grande aventure de ce pontificat, qui à bien des égards n’a jamais cessé de nous émerveiller, trouve son sens profond dans l’évangélisation, c’est-à-dire dans la proclamation à tous – « tous, tous, tous » – de l’amour de Dieu, de sa miséricorde, manifestée de la manière la plus crédible et la plus profonde dans le Cœur du Christ ouvert à nous.

 

© Editions Parole et Silence – La Civita Cattolica 2026 – LCCfr n. 0725

 

Cet article présente l’œuvre du pape François au service de l’Église et de la communauté humaine durant un pontificat – qui marquera sans aucun doute l’histoire de l’Église – au début du troisième millénaire. S’appuyant sur l’exhortation apostolique programmatique Evangelii Gaudium, il retrace les grandes étapes de l’œuvre du Pontife, qui, à bien des égards, n’a jamais cessé de nous émerveiller et trouve son sens profond dans l’évangélisation, c’est-à-dire dans la proclamation à tous de l’amour et de la miséricorde de Dieu, manifestés de la manière la plus crédible et la plus profonde dans le Cœur du Christ.

 

 

[1]. La belle encyclique Lumen fidei (2013), En réalité, le premier document signé par François est resté dans l’ombre, car il avait déjà été largement préparé sous le pontificat précédent et a rapidement été éclipsé par le nouveau document programmatique de François. Evangelii gaudium.

[2]. On peut citer, par exemple, l’exhortation apostolique Laudate Deum (4 octobre 2023) sur la gravité des conséquences du changement climatique et le fait que le pape aurait souhaité participer en personne à la COP28 à Dubaï, qui s’est tenue quelques semaines plus tard sur le même sujet. Rappelons également que, sur les questions de responsabilité environnementale, François a souvent souligné son plein accord avec le patriarche œcuménique orthodoxe Bartholomée de Constantinople, notamment à travers des messages communs.

[3]. Le pape François s’est adressé au sommet du G7 à Borgo Egnazia, dans les Pouilles, le 14 juin 2024, avec un discours percutant abordant les effets du développement de l’intelligence artificielle.

[4]. Permettez-nous un petit souvenir personnel. Le jour où François allait recevoir pour la première fois un groupe de nouveaux ambassadeurs auprès du Saint-Siège, il m’a téléphoné personnellement tôt le matin, pendant que je prenais mon petit-déjeuner, pour me recommander de faire écho au bref discours qu’il allait prononcer, consacré précisément à ces thèmes.

[5]. En retraçant le pontificat de François, on ne peut oublier le Synode spécial pour l’Amazonie (2019), à la suite duquel François a publié l’exhortation Querida Amazonia (« L’Amazonie bien-aimée »). Ce synode était consacré à une région spécifique, dans laquelle les dimensions sociales, culturelles, écologiques et ecclésiales/pastorales se sont entrelacées de manière significative. Justice, inculturation, conversion écologique, évangélisation : tout cela réuni dans une dynamique vivante de dialogue et de recherche spirituelle, qui ne doit certainement pas se réduire aux discussions, dont on a beaucoup parlé, sur le célibat des prêtres. Une « expérience » de grande envergure de la « synodalité » dans une grande région, cruciale pour l’avenir de notre planète

[6]. Par exemple, la Lettre au peuple de Dieu en marche au Chili (31 mai 2018), la Lettre au peuple de Dieu (20 août 2018), le motu proprio Vos estis lux mundi (2019), la suppression du « secret pontifical » en matière d’abus (2019), etc.

[7]. C’est sans doute là que réside l’aspect le plus « jésuitique » de la personnalité de François. Il s’inspire de la dynamique « ignatienne » d’ouverture à un amour toujours plus grand, guidée par le discernement. Il ne s’agit pas d’une approche particulariste, mais d’un chemin vers le cœur de la vie chrétienne.