JOSUÉ, UN LIVRE CONTROVERSÉ
Published Date:24 avril 2026

Le livre de Josué, qui dans la liste des textes bibliques est placé immédiatement après la Torah[1], occupe, d’un point de vue narratif, une position stratégique dans le macro-récit, car il représente un tournant pour le peuple d’Israël, qui entre enfin en terre promise après le long voyage d’Égypte à Canaan, à travers l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome.

Le livre de Josué, de surcroît, est facilement mal compris car il relate la conquête et l’occupation d’une terre déjà habitée par d’autres peuples, au moyen de campagnes militaires justifiées par la parole de Dieu[2]. Dans le contexte géopolitique actuel du Moyen-Orient, une lecture religieuse fondamentaliste de ce livre risque d’exacerber les tensions et d’encourager les conflits, en instrumentalisant la parole divine. Ainsi, le récit de la conquête de Canaan pourrait servir de modèle pour justifier théologiquement la souveraineté d’une terre attribuée par décret divin. Cependant, la crainte de telles interprétations extrêmes ne doit pas dissuader de chercher à comprendre correctement ce livre, en l’interprétant à la lumière de son contexte et en dialogue avec les sciences herméneutiques, afin que le lecteur et le croyant puissent accéder à une compréhension plus complète. Comment, dès lors, interpréter ce livre dont le sens peut si facilement être déformé ?

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Dans le Nouveau Testament le nom « Josué » fait écho à celui de Jésus. Le nom de Josué et celui de Jésus proviennent du même lexique hébraïque et ont tous deux la même signification. En effet, l’hébreu Yehoshua – traduit en grec par Iesous – signifie « le Seigneur sauve ». Le parallélisme Josué-Jésus est clair pour les Pères de l’Église, en particulier pour Origène. En effet, Josué serait une figure prophétique du Christ, parce qu’il porte le même nom et accomplit des actions qui préfigurent celles du Sauveur[16]. Nous pouvons donc relire le livre de Josué à la lumière de l’Évangile et, inversement, lire l’Évangile à la lumière de Josué. De même que Josué obéit à la Torah pour réussir la mission qui lui est confiée, Jésus obéit pleinement au Père et accomplit la loi et les promesses de Dieu. Il est le véritable guide qui conduit le peuple vers la terre promise. À l’instar de Josué, Jésus, par son baptême, traverse le Jourdain avec tout le peuple, exprimant sa solidarité avec les pécheurs qui venaient à Jean-Baptiste (cf. Marc 1,1-11). Josué triomphe de tous ses ennemis, mais c’est surtout sur la croix que Jésus remporte la victoire définitive sur le mal et le péché, accomplissant le passage décisif de la mort à la vie et ouvrant la voie du salut à tous ceux qui croient en lui.

 

 

© Éditions Parole et Silence | La Civilta Cattolica, 2026 – LCCfr n.0925

 

 

Le livre de Josué est souvent mal compris car il relate la conquête et l’occupation d’une terre déjà habitée par d’autres peuples, au moyen de campagnes militaires justifiées par la parole divine. Josué est généralement perçu comme un chef militaire, mais cette image est inexacte et peut induire en erreur. Cet article vise à mettre en lumière un autre aspect : Josué comme celui qui obéit à la parole du livre de la Torah, que Dieu a donnée à Moïse afin qu’il puisse conduire le peuple d’Israël sain et sauf en terre de Canaan. L’auteur est professeur d’Écriture sainte à la Faculté pontificale de théologie d’Italie du Sud – Section San Luigi, à Naples.

 

 

[1] Dans le canon hébraïque comme dans le canon grec, le livre de Josué est placé immédiatement après la Torah. Dans le premier cas, il inaugure le corpus des prophètes antérieurs ; dans le second, en revanche, il ouvre la section des livres dits « historiques ».

[2] Sur l’interprétation politique de Josué dans l’État d’Israël jusqu’aux tensions récentes liées au mouvement des colons, cf. R. Havrelock, The Joshua Generation: Israeli Occupation and the Bible, Princeton, Princeton University Press, 2020.  Le livre de Josué, lorsqu’il est interprété comme un manuel de conquête, peut donc susciter et promouvoir des tendances maximalistes et radicales au sein de la société.

[3] Cf. K. Lawson Younger, Jr., Ancient Conquest Accounts: A Study in Ancient Near Eastern and Biblical History Writing, Sheffield, JSOT Press, 1990.

[4] «161

Interprété en ce sens, le livre ne se contente pas de relater la conquête – il n’est donc pas l’épopée des vainqueurs – mais insiste plutôt sur le fait que la terre est un don de la part deYhwh (cfr. 1,2.3.11.13.15; 2,9.14; 5,6; 9,24; 18,3; 24,13) et qui a été donné à Israël « en héritage »” (cf. 1,6; 11,23; 13,6)» (F. Dalla Vecchia, Giosuè, Cinisello Balsamo [Mi], San Paolo, 2010, 13).

[5] Contrairement à l’autre expression géographique plus réaliste, « de Dan à Beersheba » (Gdc 20,1; 1 Sam 3,20; 2 Sam 3,10; 17,11; 24,2; 24,15; 1 Re 5,5; 1 Cr 21,2; 2 Cr 30,5).

[6] De plus, le rouleau est conservé dans le lieu le plus sacré, à côté de l’arche (cf.Dt 31,24-26).

[7] Cf. Gs 6,17; 6,18; 6,21; 7,1; 8,26; 10,1; 10,28; 10,35; 10,37; 10,39; 10,40; 11,11; 11,12; 11,20; 11,21.

[8] Cf. H. H. Cohn, «ḥerem», in Encyclopaedia Judaica, vol. 9, 2007, 10-16.

[9] Cf. H. Donner – W. Röllig (edd.), Kanaanäische und Aramäische Inschriften, Wiesbaden, Harrassowitz, 2002, 181, 16-17: « Je l’ai prise et j’ai tué tout le monde, sept mille hommes, garçons, femmes, filles et femmes enceintes, parce que j’avais voté pour elle à Ashtar-Kemosh ».

[10] Sur ce point, voir le Talmud babylonien : Sanhedrin 20b.

[11] Dans le Nouveau Testament, Rahab est louée à la fois pour sa foi – « C’est par la foi que Rahab la prostituée ne périt pas avec les incrédules, parce qu’elle avait accueilli les espions » (Hb 11,31) – et pour les œuvres qu’elle a accomplies – « De même, Rahab la prostituée ne fut-elle pas justifiée par les œuvres, lorsqu’elle accueillit les espions et les fit partir par un autre chemin ? » (Jc 2,25) – et elle est incluse dans la généalogie de Jésus (cf. Mt 1,5).

[12] Cf. F. Dalla Vecchia, Giosuè, cit., 37.

[13] Le mot hébreu ormah, qui signifie « ruse », est ambivalent et peut être interprété de manière positive ou négative, selon le contexte. En effet, il peut indiquer la « tromperie » dans le cas d’un meurtre avec préméditation (cfr Es 21,14), ou « prudence et sagesse » dans un contexte sapientiel (cf Pr 1,4; 8,5; 8,12). Dans Josué 9, ce mot revêt les deux sens. La ruse des Gabaonites est une tromperie envers Israël, mais c’est aussi une manœuvre judicieuse, car elle les sauvera de la loi d’extermination..

[14] Cf. Nm 26,55; 34,13; 36,2.

[15] Un cas emblématique est celui d’Achab, roi d’Israël. Il s’appropria la vigne de Naboth, héritage de ses pères reçu selon les instructions du Seigneur, inaugurant ainsi une ère d’appropriation et d’usurpation illicites en Israël. L’héritage devint alors possession, et non plus un don reçu, précieusement conservé et transmis de génération en génération, comme Naboth l’avait affirmé, conformément à la Torah, dans ses seuls mots du récit : « Que le Seigneur me garde de te donner l’héritage de mes pères ! » (1 Rois 21,3).

[16] Cf. Origene, Omelie su Giosuè, Roma, Città Nuova, 1993.