L’ENGAGEMENT À PROMOUVOIR  LA PAIX ET LA JUSTICE
Published Date:3 février 2026
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Dès le début de son pontificat, le pape Léon XIV a manifesté une grande attention à la dramatique situation internationale dramatique et à l’aggravation des conflits, et a lancé des appels constants et pressants en faveur de la paix. Comme pour renforcer ces appels, en août dernier il a encouragé les laïcs catholiques à sanctifier le monde de la politique et à travailler pour la paix, soulignant que cela exige une conversion fondée sur la justice et sur la vérité. Il l’a fait dans deux discours : le premier, prononcé le 23 août, recevant l’International Catholic Legislators Network, et le second, le 28 août, devant des fidèles engagés en politique du diocèse de Créteil, en France.

 

Dans ces interventions, pour aborder les défis de l’engagement politique, le Pape s’est inspiré de l’œuvre, de saint Augustin d’Hippone, La Cité de Dieu. Il a ainsi placé le cœur humain au centre de la vie sociale et publique, et a invité les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté à devenir des artisans de paix et de justice, à la lumière de la pensée augustinienne. En outre, il a offert une leçon magistrale sur la Doctrine sociale de l’Église, s’inscrivant dans la continuité féconde de son prédécesseur, Léon XIII.

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« L’avenir de la prospérité humaine dépend de cet « amour » que nous choisissons comme principe d’organisation de notre société : un amour égoïste, l’amour de soi, ou l’amour de Dieu et du prochain ». En effet, le Pape avait commencé ce discours sur la politique et l’art du gouvernement par un thème inattendu : les désirs du cœur humain. Un point de départ assurément nécessaire pour sonder les réalités spirituelles qui sous-tendent le monde, car les dimensions politiques les plus amples sont fondées sur les mouvements les plus intimes de la personne. Cet enseignement figure parmi les intuitions fondamentales de saint Augustin, notamment la distinction de « deux orientations du cœur humain » vers deux amours différents : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu et l’amour de Dieu (et du prochain) jusqu’au mépris de soi. Ces deux amours se répercutent sur la société, parce qu’ils correspondent à deux « cités » ou réalités spirituelles qui transcendent chaque individu. Il y a donc un lien intrinsèque entre l’individu et la communauté, entre l’éthique et le politique, entre le spirituel et le social.

 

Par conséquent, la foi a aussi une dimension publique. Comme l’a affirmé le Pape en s’adressant aux pèlerins français le 28 août, « Le christianisme ne peut se réduire à une simple dévotion privée, car il implique une manière de vivre en société empreinte d’amour de Dieu et du prochain qui, dans le Christ, n’est plus un ennemi mais un frère ». La question de la « prospérité humaine » ne peut donc jamais être mise de côté : non seulement l’Évangile a nécessairement des conséquences publiques, mais la simple tentative de le mettre à part implique un glissement spirituel vers la cité terrestre, qui obscurcit, sinon occulte, les vérités les plus profondes sur la personne humaine. C’est là, en somme, l’intuition des « deux cités » de saint Augustin. Et dans cette perspective, observe le Pape, la tâche de l’Église est précise : être un « pont ». Les chrétiens, conscients des deux réalités présentes dans le monde, ont un rôle particulier à jouer pour donner voix aux aspirations les plus profondes de la personne humaine : la guérison, la réconciliation et, en définitive, la paix ; en substance, un désir qui est amour et qui ne peut être comblé par rien de moins.

 

Les chrétiens, toutefois, ne peuvent rendre possible ce service – a précisé Léon XIV aux pèlerins français – qu’en s’unissant toujours plus étroitement à Jésus et en témoignant de lui. Par conséquent, « il n’y a pas de séparation dans la personnalité d’une personne publique : il n’y a pas d’un côté l’homme politique, de l’autre le chrétien. Mais il y a l’homme politique qui, sous le regard de Dieu et de sa conscience, vit chrétiennement ses engagements et ses responsabilités ! » De même que les grands conflits géopolitiques trouvent en dernière analyse leur origine dans les désirs du cœur, ainsi la conversion qui prépare les chrétiens à contribuer à la paix et à la justice au sein de cet ordre des amours doit toucher aussi leur intériorité spirituelle la plus profonde.

 

En lançant cette invitation à participer à la mission du Christ, Léon XIV ouvre de vastes horizons sur la Doctrine sociale de l’Église et sur la pensée de saint Augustin. Surtout, il rattache étroitement la notion de développement humain intégral à la tradition de la Doctrine sociale catholique. En enracinant ce thème, si cher à saint Paul VI, dans l’ordre des deux amours et des deux cités et en référence au bonheur éternel accessible seulement en Christ, le Pape rappelle à l’Église que le développement humain intégral renvoie en définitive à l’Évangile. Il fait ainsi écho au Benoît XVI, qui dans l’encyclique Caritas in veritate écrivait : « Il n’y a pas deux typologies différentes de doctrine sociale, l’une préconciliaire et l’autre post-conciliaire, mais un unique enseignement, cohérent et en même temps toujours nouveau » (n. 12).

 

En effet, avec l’aide de saint Augustin, le pape Léon XIV relie les aspirations du monde avec la mission plus profonde de l’Église. Le développement humain intégral est tout autre chose qu’un combat d’arrière-garde mené par l’Église pour s’opposer aux indicateurs économiques et sociaux contemporains ou les corriger. Il exprime et répond plutôt à la profonde « faim du Pain du ciel » qui pousse les chrétiens à offrir au monde « le pain matériel et le pain de la Parole », comme en témoigne le message pontifical du 4 août aux participants à la Semaine sociale au Pérou.

 

Dans ses interventions, Léon XIV présente la pensée de saint Augustin comme un trésor d’une valeur inestimable pour l’Église. La doctrine des « deux cités » est l’une de ses intuitions les plus profondes, mais elle risque de se perdre parmi les nombreux modèles politiques contemporains. Le Pape nous aide donc à rééduquer notre imagination à une politique d’espérance – une éducation dont nous avons grand besoin – et nous exhorte à continuer de cultiver le désir de cette espérance dans une vie pleine.

 

On peut ajouter qu’il présente un saint Augustin accessible à tous, et ce, de manière compréhensible, non seulement grâce à la clarté et à la vivacité de son style, mais surtout grâce à sa profonde compréhension de la sagesse que l’évêque d’Hippone offre au monde d’aujourd’hui et de tous les temps. Léon XIV perçoit que la « réponse » de l’Église au monde doit être reconnectée au cœur même de la question à laquelle elle cherche à répondre. Et rares sont les saints, lorsqu’il s’agit de reformuler cette question, qui possèdent une sagesse plus grande que celui que l’Église a appelé « le Docteur de la Grâce ».

 

Les discours du Pape, que nous avons rappelés, soulignent également les profondes résonances du pontificat actuel avec celui de Léon XIII. En particulier, la recherche de la nature de l’ordre social caractérise sa sagesse sur les questions sociales. De même que Léon XIII s’efforçait de situer les « trois sociétés nécessaires » – la famille, la communauté politique et l’Église – à l’intérieur de la providence divine, même face à l’effondrement définitif  de la chrétienté, de même le Pape actuel inscrit la personne et la famille, la famille des nations et l’Église dans les réalités spirituelles des « deux cités », qui constituent une référence fondamentale pour toutes les autres questions sociales.

 

Pour les deux Léon, la doctrine sociale présuppose l’harmonie entre la foi et la raison : une harmonie qui, toutefois, doit être proposée de nouveau à chaque génération. Dans son discours du 28 août, Léon XIV exhortait les chrétiens à fortifier leur foi, « à approfondir la doctrine – en particulier la doctrine sociale – que Jésus a enseignée au monde », laquelle, a-t-il précisé, est « foncièrement en accord avec la nature humaine, la loi naturelle que tous peuvent reconnaître, même les non-chrétiens, même les non-croyants ». Cet accord signifie que les chrétiens ne doivent pas « craindre de la proposer et de la défendre avec conviction : elle est une doctrine de salut qui vise le bien de tout être humain, l’édification de sociétés pacifiques, harmonieuses, prospères et réconciliées », comme l’a expliqué le Pape à la délégation française. Le dialogue entre foi et raison fonde en effet le dialogue entre les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté.

 

Les deux discours d’août dernier témoignent également de la conviction que Dieu a confié à l’Église un précieux trésor de sagesse à partager avec le monde. Léon XIII était animé de la même conviction : en inaugurant ce qui semble être une nouveauté – la doctrine sociale de l’Église –, il mettait en réalité en lumière une tradition très ancienne.

 

Enfin, dans la présentation par le Pape de la doctrine ou pensée sociale de l’Église, on perçoit un équilibre et une plénitude remarquables qui complètent la synthèse thomiste de Léon XIII : le bonheur terrestre et le bonheur céleste ; la raison (loi naturelle) et l’Évangile ; l’Église à l’écoute et l’Église qui enseigne ; l’unité des chrétiens dans le Christ et le témoignage de paix dans les liens fraternels interreligieux ; le péché et la grâce, également dans la pensée de saint Augustin ; l’action et la contemplation ; la paix comme don de Dieu et l’activité humaine ; le désir humain et son accomplissement ultime, qui correspond à la complémentarité, dans l’enseignement de Léon XIII, entre l’expérience « subjective » et la nature « objective » de la personne humaine, et entre la personne et la communauté. Ainsi, la quête moderne d’intégrité du cœur, de l’âme et de l’esprit trouve son accomplissement dans la plénitude des nombreux dons que l’Église désire partager avec le monde, en qualité d’intendante et non de propriétaire.

 

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