Articles réservés aux abonnés

L’ENTREPRISE, LA SOCIÉTÉ ET LA COMMUNAUTÉ HUMAINE

Comme la famille, l’association religieuse, l’équipe de jeu et de travail, l’Église ou la firme, le « vivre ensemble » cherche encore sa bonne formule quelque part entre la ‘société’ et la ‘communauté’. En fait, communauté ou société n’est pas une alternative, prétendait Jürgen Habermas[1]. Dans toute vie humaine, il faut les deux.

Certes, notre monde organisé a tendance à exclure toute référence à la communauté au seul profit de la société. La société, avec ce qu’elle suppose d’institutions, d’organisations et de règles, complète nécessairement, de par son caractère politique, la communauté. Le déficit de la communauté est qu’elle ne semble connaître que les rapports interindividuels, les relations d’amitié – cette vertu civique des Grecs – où les sentiments et l’entraide gratuite joue plus que les transactions, rationnelles sinon toujours calculables. Du coup, dans le monde libéral d’aujourd’hui, la communauté est reléguée dans les marges, comme une affaire purement privée. En fait, toute entreprise dans laquelle une collaboration de plusieurs est nécessaire doit combiner les caractères de la communauté avec ceux de la société. Mais comment faire ?

« On doit tendre à faire de l’entreprise une véritable communauté humaine, qui marque profondément de son esprit les relations, les fonctions et les devoirs de chacun de ses membres » écrivait déjà en 1961 le pape Jean XXIII dans sa lettre encyclique Mater et Magistra[2]. Trente ans plus tard, en 1991, à l’occasion du centième anniversaire de l’encyclique séminale Rerum Novarum du pape Léon XIII, Jean-Paul II rappelle que « l’entreprise ne peut être considérée seulement comme une ‘société de capital’ ; elle est en même temps une ‘société de personnes’, dans laquelle entrent de différentes manières et avec des responsabilités spécifiques ceux qui fournissent le capital nécessaire à son activité et ceux qui y collaborent par le travail.[3] »

This article is reserved for paid subscribers. Please subscribe to continue reading this article
Subscribe

 

 

 

Etienne Perrot SJ

Économiste, professeur invité à l’université de Fribourg (Suisse), dans le domaine de l’éthique en affaire (pour cadres). A notamment publié Le discernement managérial (Desclée de Brouwer, Paris, 2012), Exercices spirituels pour managers (Desclée de Brouwer, Paris, 2014), Esprit du capitalisme, es-tu là ? (Lessius, Bruxelles, Paris, 2020)

Recent Posts

« ALZAD LA MIRADA » (Jn 4,35) : Le voyage apostolique de Léon XIV en Espagne

Du 6 au 12 juin, le pape Léon XIV a accompli son quatrième voyage apostolique,…

1 mois ago

PAROLES D’ESPÉRANCE AU MILIEU DU DÉSESPOIR La lettre pastorale du Patriarche latin de Jérusalem

Le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, a publié sa première lettre pastorale le…

2 mois ago

JÜRGEN HABERMAS Penser au temps de la postmodernité

Le 14 mars 2026 est décédé, à l’âge de 96 ans, Jürgen Habermas (né le…

2 mois ago

FRANÇOIS D’ASSISE ET NOTRE PRÉSENT

Cette année marque les 800 ans du « bienheureux transitus » de saint François d’Assise, survenu le…

2 mois ago

LA PAROLE QUI CRÉE L’AMITIÉ : Le pape Léon XIV lit Dei Verbum

Les documents du Concile Vatican II figurent parmi les textes les plus invoqués de la…

2 mois ago

LÉON XIV AUX CANARIES « Sa défense des migrants trouvera un écho puissant »

Du 6 au 12 juin, le pape Léon XIV sera en Espagne pour son quatrième…

2 mois ago