0325

UNE ICÔNE ECCLÉSIALE : JEAN 21

L’évangile de Jean finit par une scène extraordinaire et qui reste dans les mémoires : l’apparition du Christ ressuscité à des disciples au bord du lac de Tibériade. Cette scène très visuelle baigne dans une lumière pascale. Cette péricope de Jean 21,1-14 est à l’évangile de Jean ce que le récit des pèlerins d’Emmaüs est à l’évangile de Luc, c’est-à-dire une composition où l’auteur met en œuvre tout son talent littéraire et déploie toute sa théologie de l’Eglise.

C’est une scène pleine de familiarité et de quotidienneté qui parle à tous, y compris aux enfants. Son sens général est limpide et, pourtant, nombreux sont les détails qui intriguent. Les enfants sont d’ailleurs très forts pour repérer les diverses incongruités qui émaillent le passage. Loin d’être des éléments anecdotiques plus ou moins farfelus, il me semble que ces ‘détails’ n’en sont pas vraiment et permettent à l’auteur de révéler des éléments importants de son projet théologique.

Même si de nombreux indices plaident en faveur de l’hypothèse qu’il s’agit bien d’un épilogue ajouté[1], il est également clair que de nombreux liens ont été bâtis avec tout le reste de l’évangile[2] et notamment le chapitre 6 avec la multiplication du pain et des poissons au bord de « la mer de Tibériade » (cf. Jn 6,1.16.17.18.19.25).

Après avoir présenté succinctement le sens obvie du passage, je propose de se pencher sur chacune de ces énigmes pour en offrir une lecture possible.

This article is reserved for paid subscribers. Please subscribe to continue reading this article
Subscribe

L’auteur communique son message en un langage commun et en une scène limpide tout en parsemant son texte de notations énigmatiques. Aucune interprétation ne peut et ne doit être faite qui iraient contre le sens premier du texte. Seule une grande mauvaise foi herméneutique permettrait de tirer de ce texte un message gnostique ou ésotérique, la révélation d’un secret caché allant contre le sens premier. Il est frappant que, dans l’histoire, les commentateurs chrétiens ont rivalisé d’imagination littéraire ou théologique pour lire ces détails et ont parfois abouti à des choses étranges, mais sans que jamais le sens premier du texte soit obscurci. Non, il s’agit simplement de tester la sagacité des lecteurs afin qu’en Eglise, ils puissent réfléchir sur ces détails énigmatiques et goûter comment ils ne font que mettre encore davantage en relief le sens obvie.

 

© Editions Parole et Silence | La Civilta Cattolica, 2025 – LCCfr n. 0325

 

 

[1] Cf. pour les arguments, Jean Zumstein, L’évangile selon saint Jean (13-21), CNT IVb, Genève : Labor et Fides, 2007, 298-302, qui conclut, avec la majorité des commentateurs : « Le chapitre 21 est un ajout d’un groupe de l’école johannique à l’évangile déjà constitué°», 300, et s’inspire sans doute du récit de Lc 5 : « la connaissance de la tradition lucanienne par l’auteur de Jn 21 est très vraisemblable », 288.

[2] Cf. Yves Simoens, Selon Jean. Une interprétation, Bruxelles : IET, 1997, « Les réminiscences flagrantes des chapitres 1 à 6 pour la première section de l’évangile, puis des chapitres 13 et 18 pour la deuxième partie montrent que Jean 21 constitue une pièce maitresse du quatrième évangile », 907.

[3] Cf. Jean Zumstein, L’évangile selon saint Jean (13-21), 307.

[4] Cf. Jean Zumstein, L’évangile selon saint Jean (13-21), 307.

[5] Cf. Jean Zumstein, L’évangile selon saint Jean (13-21), 307.

[6] Cf. Jean Zumstein, L’évangile selon saint Jean (13-21), 299.

[7] Cf. M. E. Boismard et A. Lamouille, L’évangile de Jean, Paris, Cerf, 1972 : « les disciples sont au nombre de sept et le mot ‘disciple’ revient sept fois (21,1.2.4.7.8.12.14) », 478.

[8] Cf. Yves Simoens, Selon Jean. Une interprétation, Bruxelles : IET, 1997, 911. Il ajoute : « le lien entre Jésus et ses disciples apparait ainsi encore plus étroit. Ils naissent de sa résurrection ! »

[9] Ibid.

[10] « La conceptualité de Jn 21 est proche de celle de 1 Jn ; les deux œuvres appartiennent à un stade avancé de l’histoire de la communauté johannique », Jean Zumstein, L’évangile selon saint Jean (13-21), 306.

[11] Cf. Jean Zumstein, L’évangile selon saint Jean (13-21), 306.

[12] Cf. Xavier Leon-Dufour, Lecture de l’évangile selon Jean IV, Paris : Seuil, 1996, 280.

[13] Cf. X. Leon-Dufour, Lecture de l’évangile selon Jean IV, Paris : Seuil, 1996, 280

[14] Cf. Jean Zumstein, L’évangile selon saint Jean (13-21), 307.

[15] Cf. A. Dupont-Sommer, La Bible. Ecrits intertestamentaires, Règle de la communauté, Paris : Gallimard, 18.

[16] Cf. M. E. Boismard et A. Lamouille, L’évangile de Jean, Paris, Cerf, 1972 : Ainsi il s’agirait d’« un chiffre triangulaire qui symboliserait à la fois la totalité et la multitude », 485.

[17] Cf. Jean Zumstein, L’évangile selon saint Jean (13-21), 307, qui ajoute qu’il connote « l’universalité de l’Eglise chrétienne ».

[18] Cf. M. Rastoin, « Encore une fois les 153 poissons (Jn 21,11) », Biblica 90 (2009) 84-92 et J.A. Emerton, « The Hundred and Fifty-Three Fishes in John 21 », JTS 9 (1958), 86-89.

[19] Nous avons ‘ἰχθὺς’ aux versets 6,8, 11 (le même terme qu’en Lc 5), et ‘ὀψάριον’ aux versets 9, 10 et 13 (employé en Jn 6,11).

[20] Selon le procédé de la guématria où chaque lettre a une valeur numérique selon sa place dans l’alphabet (a=1, b=2, etc.)

[21] Cf. Yves Simoens, Selon Jean. Une interprétation, Bruxelles : IET, 1997 : « On comprend […] que la nourriture qu’offre Jésus soit à la fois ce que lui a déjà préparé pour ses disciples de son côté, et ce qu’eux, à leur tour, lui apportent » ; « en se consommant, il verserait dans la contradiction au plan logique et symbolique », 916.

 

 

 

Marc Rastoin SJ

Recent Posts

« ALZAD LA MIRADA » (Jn 4,35) : Le voyage apostolique de Léon XIV en Espagne

Du 6 au 12 juin, le pape Léon XIV a accompli son quatrième voyage apostolique,…

1 mois ago

PAROLES D’ESPÉRANCE AU MILIEU DU DÉSESPOIR La lettre pastorale du Patriarche latin de Jérusalem

Le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, a publié sa première lettre pastorale le…

2 mois ago

JÜRGEN HABERMAS Penser au temps de la postmodernité

Le 14 mars 2026 est décédé, à l’âge de 96 ans, Jürgen Habermas (né le…

2 mois ago

FRANÇOIS D’ASSISE ET NOTRE PRÉSENT

Cette année marque les 800 ans du « bienheureux transitus » de saint François d’Assise, survenu le…

2 mois ago

LA PAROLE QUI CRÉE L’AMITIÉ : Le pape Léon XIV lit Dei Verbum

Les documents du Concile Vatican II figurent parmi les textes les plus invoqués de la…

2 mois ago

LÉON XIV AUX CANARIES « Sa défense des migrants trouvera un écho puissant »

Du 6 au 12 juin, le pape Léon XIV sera en Espagne pour son quatrième…

2 mois ago