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« MAGNIFICA HUMANITAS » Nouveaux défis pour la défense de la dignité humaine

Outre la paix, l’intelligence artificielle figure assurément parmi les principaux thèmes abordés par le pape Léon XIV durant sa première année de pontificat. Dès son discours au Collège des cardinaux, deux jours après son élection, Léon XIV avait évoqué ce défi, expliquant les raisons qui avaient motivé le choix du titre de pape : Le Pape Léon XIII, avec l’encyclique historique Rerum novarum, a abordé la question sociale dans le contexte de la première grande révolution industrielle ; et aujourd’hui l’Église offre à tous son héritage de doctrine sociale pour répondre à une autre révolution industrielle et aux développements de l’intelligence artificielle, qui posent de nouveaux défis pour la défense de la dignité humaine, de la justice et du travail » [10 mai 2025]. Un an après cette intervention, la première encyclique du pape Léon XIV, Magnifica Humanitas, est consacrée à la « protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle ». L’encyclique sera publiée le 25 mai et portera la signature du pontife le 15 mai, date précise du 135e anniversaire de la promulgation de l’encyclique Rerum Novarum.

 

Ces derniers temps, la revue La Civilta Cattolica a consacré une réflexion approfondie à la question de l’intelligence artificielle, explorant ses différents aspects, son potentiel et ses risques dans plusieurs articles


 

L’intelligence artificielle (IA) n’est pas seulement un outil technique qui simplifie le quotidien, mais soulève de nouvelles questions éthiques et anthropologiques car elle peut influencer des décisions importantes et modifier notre conception de l’intelligence et du savoir. Ces profondes transformations culturelles, scientifiques et technologiques de notre époque – dont l’IA fait partie – sont abordées dans le document Quo vadis, humanitas ?, publié par la Commission théologique internationale et autorisé à paraître le 9 février 2026 par le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, avec l’accord préalable du pape Léon XIV. . Un document – comme on peut le lire dans notre article publié dans LCCfr n.1025 – qui ne considère pas la technologie uniquement comme une question technique, mais surtout comme une question anthropologique, capable de transformer la manière dont l’homme se comprend lui-même[1].

 

Le document de l’Église qui préfigure la réflexion de Léon XIV sur l’IA est sans aucun doute Antiqua et nova, la note conjointe du Dicastère pour la doctrine de la foi et du Dicastère pour la culture et l’éducation. Il s’agit de l’un des derniers documents approuvés par le pape François et il offre une analyse complète et éclairée du large éventail de questions éthiques concernant l’intelligence artificielle et sa relation avec l’intelligence humaine. Un document volumineux – comptant 117 paragraphes et 215 notes de bas de page – qui tente de répondre à des questions urgentes sur l’avenir de l’IA : sera-t-elle programmée pour accompagner, soutenir et renforcer l’homme ou pour le remplacer ? L’Église a-t-elle son mot à dire dans ce domaine ? Dans un article publié dans LCCfr n.0425, nous analysons en profondeur les principaux fondements philosophiques et théologiques de la Note, en soulignant comment celle-ci évite, d’une part, le progressisme naïf et, d’autre part, le « techno-pessimisme »[2].

 

Pour mieux comprendre ce que beaucoup considèrent comme la nouvelle « révolution industrielle » de notre époque, il est également nécessaire d’en examiner les implications économiques et politiques internationales, comme nous l’avons souligné dans un article paru dans LCCfr n.0825. Bien que les attentes concernant la révolution de l’IA restent élevées dans certains milieux, elles demeurent pour l’instant largement spéculatives, car nombre de ses conséquences concrètes ne seront observables qu’une fois la révolution effective. Dans quelle mesure l’IA transformera-t-elle le monde ? Introduira-t-elle de nouveaux modèles de pouvoir politique, social et économique, ou renforcera-t-elle ceux qui existent déjà ? Comment les autorités politiques géreront-elles et gouverneront-elles ces changements, si elles le font ? Nul ne connaît les réponses à ces questions, et la société humaine se trouve confrontée à une période de grande incertitude[3].

 

De toutes parts, on souligne d’ailleurs la nécessité et l’urgence d’une réglementation claire et solide de ce nouveau domaine technologique, comme le souligne un article dans LCCfr n.0825. Si l’« intelligence artificielle générative », telle que nous la connaissons, n’est pas consciente et ne développe pas de conscience de soi, cela ne signifie pas pour autant qu’elle ne puisse pas être dangereuse. Elle nécessite donc une réglementation continue, qui constituera pour nous une tâche permanente d’ordre éthique, théologique et spirituel, c’est-à-dire véritablement humaine. Un discernement qui aurait également besoin de l’orientation du magistère ecclésial[4].

 

 

[1] https://www.dis-humanitas/laciviltacattolica.it/articolo/inquieto-transumanar-il-documento-della-commissione-teologica-internazionale-quo-va

[2] https://www.civiltacattolica.fr/antiqua-et-nova-lintelligence-artificielle-au-service-de-la-dignite-humaine-et-du-bien-commun/

[3] https://www.civiltacattolica.fr/economie-politique-et-intelligence-artificielle-entre-innovation-et-incertitude/

[4] https://www.civiltacattolica.fr/des-machines-conscientes-reflexions-sur-la-soi-disant-intelligence-artificielle/

 

 

 

 

Rédaction La Civiltà Cattolica

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