Dans un article précédent, nous avons posé la question de savoir si, pour l’événement qui renouvelle la vie de Paul sur le chemin de Damas, il est plus juste de parler de “conversion” ou de “vocation”[1]. La question semble peu importante et pourtant, il y a deux ans et demi, une pétition a été adressée au Préfet du Dicastère pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements par le Secrétariat pour les Activités Œcuméniques pour changer la dénomination de la “Fête de la Conversion de Saint Paul” du 25 janvier en “Fête de la Vocation de Saint Paul”[2]. Pourquoi serait-il pertinent de rectifier la dénomination ?
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[1]. Cf. G. Pani, “Paul sur le chemin de Damas : conversion ou vocation ?”, in Civ. Catt. 2014 I 32-46.
[2]. La pétition, datée de juin 2022, a été signée par 164 signataires (évêques, prêtres, théologiens, biblistes, liturgistes, mais aussi protestants et juifs), et est publiée sur le site www.saenotizie.it (“St Paul’s Vocation Petition”).
[3]. Cf. E. Pfaff, Die Bekehrung des H. Paulus in der Exegese des 20. Jahrhunderts, Rome, Pontificia Università Gregoriana, 1942 ; Ph.-H. Menoud, “Révélation et tradition. L’influence de la conversion de Paul sur sa théologie”, in Verbum Caro 7 (1953) 2-10 ; A. Vanhoye, La vocazione e il pensiero di san Paolo, Roma, AdP, 2013, 16-29.
[4]. En ce sens, Paul ouvrirait les rangs des grands “convertis” : cf. L. Cerfaux, Il cristiano nella teologia paolina, Rome, Ave, 1971, 80. Cependant Cerfaux considère qu’on ne peut pas trouver chez Paul une crise de conscience qui suggérerait une conversion (cf. ibid., 80 f).
[5]. Cf. A. D. Nock, La conversione. Society and Religion in the Ancient World, Rome-Bari, Laterza, 1985, 3-15 ; C. C. Holladay, A Critical Introduction to the New Testament : Interpreting the Message and Meaning of Jesus Christ, Nashville, Abingdon Press, 2005, 276 (l’événement de Damas est qualifié d'”appel/conversion”, en référence à Gal 1,15 ; mais la continuité avec la vie antérieure et les traditions des pères est également soulignée : cf. ibid. 273 f).
[6]. Cf. C. Dietzfelbinger, Die Berufung des Paulus als Ursprung seiner Theologie, Neukirchen-Vluyn, Neukirchener Verlag, 1989, 90 ; 145-147 ; J. Becker, Paul. L’apostolo dei populi, Brescia, Queriniana, 1996, 65-83.
[7]. Cf. M.-F. Baslez, Paul de Tarse, l’apôtre des nations, Turin, Sei, 1993, 53-55. L’auteur discute s’il est plus correct de considérer l’événement comme une vocation ou une conversion, mais il conclut que pour Paul il ne s’agit pas d’une simple “conversion” (cf. ibid., 55). Pour une bibliographie sur le sujet, voir l’excursus de B. Corsani, “Paolo e la “rivelazione del figlio” : conversione o vocazione ?”, in Id., Lettera ai Galati, Genoa, Marietti, 1990, 101-106.
[8]. Cf. L. Cerfaux, Il cristiano nella teologia paolina, Roma, Ave, 1969, 79-87 ; 406 f ; G. Lohfink, La conversione di Paolo, Brescia, Paideia, 1969, 14 ; 26 ; 28 ; 33 ; 46 ; 75 f ; 102 (le titre italien rend mal compte du contenu : Lohfink parle de “vocation” plutôt que de “conversion”) ; K. Kertelge, Grundthemen paulinischer Theologie, Freiburg i.B., Herder, 1991, 11-24 ; en particulier, notez la déclaration suivante : “Paul ne considérait pas sa conversion comme une affaire privée. Pour lui, la conversion est une “vocation” et un appel à l’apostolat” (ibid., 19).
[9]. Romano Penna a fait une étude des termes “repentance” et “conversion” dans l’épistolaire paulinien, avec une conclusion singulière. Cf. R. Penna, “Repentance et conversion dans les épîtres de saint Paul : leur inutilité sotériologique par rapport au contexte religieux”, in Id., Vangelo, religioni, cultura, Cinisello Balsamo (Mi), San Paolo, 1993, 57-103.
[10]. Et il en fait une vocation prophétique. Il a son modèle dans Jérémie et le Deutéros-Isaïe, mais il s’agit d’un serviteur missionnaire, et non d’un serviteur souffrant : cf. H. Schlier, Lettre aux Galates, Brescia, Paideia, 1966, 56 f.
[11]. Cf. A. Vanhoye, La vocation…, citée, 21 f.
[12]. Paul de Tarse : apôtre ou apostat ? Séminaire d’hiver des Actes (Pesaro, 26-28 janvier 2007), Settimello (Fi), Biblia, 2008.
[13]. R. Maddox, The purpose of Luke-Acts, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1982, 31 f.
[14]. Cf. R. Penna, “Tre tipi di conversione raccontati nell’antichità : Polemone di Atene, Izate dell’Adiabene, Paolo di Tarso”, in Atti del IV Simposio di Tarso su S. Paolo apostolo, Roma, Pontificio Ateneo Antoniano, 1996, 73-92 ; C. Tassin, “Che cos’è una “conversione nel mondo antico”, in AA.VV., Conversione di Saulo, vocazione di Paolo, Bologna, EDB, 2015, 6-21.
[15]. Cf. J. Klausner, Von Jesus zu Paulus, Jérusalem, Jewish Publishing House, 1950, 422 f. Selon Klausner, Paul ne considérait pas le christianisme comme une nouvelle religion distincte du judaïsme ; à quelqu’un qui lui dirait qu’il a cessé d’être juif parce qu’il s’est “converti” au christianisme, il répondrait probablement qu’il ne comprend pas de quoi il parle. Le christianisme était devenu pour Paul le vrai judaïsme.
[16]. Un exemple : le titre Maurines Sermo 279 de l’apôtre Augustin De Paulo. Pro solemnitate conversionis eiusdem (PL 38, 1275-1280). Le texte de l’homélie ne mentionne pas la conversion de Paul (bien qu’elle ait été lue lors de la fête de l’apôtre). Le titre est également conservé dans la “Nuova Biblioteca Agostiniana”, Discorso 279, dans Augustin d’Hippone, s., Discorsi, V. Sui Santi, Roma, Città Nuova, 1986, 76-97. Duchesne a montré que cette fête est postérieure à 1200 (cf. L. Duchesne, Origines du culte, Paris, Boccard, 1920, 298).
[17]. Cf. K. Stendhal, Paul entre juifs et païens et autres essais, Turin, Claudiana, 1995, 55-76.
[18]. “Insister sur une conversion, au sens propre du terme, c’est s’obliger à appliquer à Paul la psychologie de la conversion. Luther imagine une crise qui, au nom de la gratuité du salut, conduit l’Apôtre à rejeter la Loi ; ce qu’il décrit dans les paroles de saint Paul est en réalité son propre état d’esprit” (L. Cerfaux, Il cristiano…, cit., 81). En ce qui concerne Luther, cf. le scholion de Rm 7,7, où il utilise pas moins de 12 arguments pour démontrer qu’en Rm 7,14-25 la personne qui parle à la première personne est Paul lui-même, qui révèle son propre drame intérieur. L’exégèse de Luther est malheureusement basée sur l’interprétation du dernier Augustin. Cf. G. Pani, Martin Luther. Lectures on the Epistle to the Romans (Römerbriefvorlesung 1515-1516). Références à Augustin – Justification, Rome, Istituto Patristico Augustinianum, 1983, 18-21 ; 150-154.
[19]. Cf. en particulier Retractationes, 1, 22(23). L’ouvrage le plus cité par Luther, outre les Retractationes, est le Contra Iulianum.
[20]. L. Cerfaux, Le chrétien..., cit. 406, note 2.
[21]. Cf. G. Pani, “Paul sur le chemin de Damas…”, cit. 32-46.
[22]. O. Flichy, ” The Damascus Way in the New Testament “, in AA.VV., Saul’s Conversion, Paul’s Vocation, cit. 27 ; N. T. Wright, Paul : A Biography, San Francisco, HarperOne, 2018 (in port. São Paolo. A Biography, Alfragide, Dom Quixote, 2019, 55-74 ; 81 s).
[23]. Notons l’importance accordée au terme “apôtre” et à sa signification (Gal 1,1) : “Le mot “apôtre” occupe une position si prononcée qu’il n’est pas difficile de le reconnaître comme un terme clé indiquant la fonction au nom de laquelle Paul a l’intention de parler” (J. Roloff, Apostolat-Verkundigung-Kirche. Ursprung, Inhalt und Funktion des kirchlichen Apostelamtes nach Paulus, Lukas und den Pastoralbriefen, Gütersloh, Mohr, 1965, 40). Mussner compare également le terme “apôtre” avec l’institution de la shalîah, qui a en commun la valeur de représentation, selon laquelle “l’envoyé d’un homme est comme cet homme lui-même” (Mishna Berakot 5,5), et qui a en soi une connotation christologique et ecclésiologique, selon laquelle “les apôtres sont les envoyés du Ressuscité pour l’Eglise” (F. Mussner, Lettre aux Galates, Brescia, Paideia, 1987, 104-108).
[24]. Cf. A. Vanhoye, La vocation…, cit. 18-26 ; 42-44.
[25]. Cf. L. Cerfaux, Le chrétien..., cit. 130 s ; E. Dassmann, Der Stachel im Fleisch. Paulus in der frühchristlichen Literatur bis Irenäus, Münster, Aschendorff, 1979, 24 s : “Ce que Paul affirme avec énergie, c’est qu’il est un apôtre comme les Douze de Jérusalem, en ce sens que lui aussi a vu le Seigneur Jésus et qu’il a été investi par Lui seul, et non par une autorité humaine, de la mission d’annoncer l’Evangile aux païens (Ga 1,1 ; 2,7-8). Luc laisse de côté cette affirmation : pour lui, les apôtres sont les Douze. […] En tant qu’envoyé d’Antioche, Paul est appelé deux fois apôtre, avec Barnabé (14,4.14) : mais on ne peut rien en déduire, car il s’agit ici d’un autre concept d’apôtre (plus ancien)”.
[26]. Cf. K. Kertelge, Grundthemen…, cit. 37-39.
[27]. Cf. G. Lohfink, La conversion…, cit. 24 et suiv.
[28]. S. Lyonnet, Exégèse Epistulae ad Romanos, chapitres I-IV, Rome, Institut Biblique Pontifical, 1963, 19-24.
[29]. Ibid.
[30]. Cf. Rm 16,17 ; 2 Co 8,23 ; Ph 2,25. Dans Actes 13,1-3, le terme “apôtre” n’apparaît pas, mais il s’agit d’un cas similaire. Cf. H. Schlier, Galates…, cit. 30.
[31]. ibid. 58 ; R. Penna, Lettre aux Romains, Bologne, EDB, 2010, 9-13.
[32]. Cf. L. Cerfaux, Il cristiano…, cit. 87 : “La vocation de saint Paul est d’un autre ordre que l’appel des chrétiens ordinaires […] et que l’appel spécial des païens.
[33]. Cf. ibid. 84 et suiv.
[34]. En soi, la traduction du grec est ” appelé de Jésus-Christ “, c’est-à-dire que les chrétiens de Rome sont la propriété du Christ en vertu de l’appel de Dieu : cf. F. Blass – A. Debrunner, Grammar of New Testament Greek, Brescia, Paideia, 1982, 252.
[35]. R. Penna, Lettre aux Romains, citée, 643 s..
[36]. Cf. aussi Rm 8,28-30 et le concept de plan de Dieu (prothesis) en Ep 1,11 ; 3,11 ; 2 Tm 1,19 : la prothesis est le but, le plan de Dieu, son initiative en tant qu’action (cf. H. Schlier, Romains…, cit., 478).
[37]. Cf. M. Hengel, Il Paolo precristiano, Brescia, Paideia, 1992, 57 f.
[38]. R. Penna, “La problematica della legge nelle Lettere di san Paolo”, in Id, L’apostolo Paolo. Studi di esegesi e teologia, Milano, Paoline, 1991, 496-518.
[39]. Cf. V. Jacono, Le Epistole di S. Paolo ai Romani, ai Corinti e ai Galati, in “La Sacra Bibbia”, édité par S. Garofalo, Turin, Marietti, 1951, 199, note 11,1.
[40]. Cf. 1 Th 4,14 ; 2 Th 1,7-8 ; Rm 1,4 ; 8,11 ; 14,9 ; Ga 1,1 ; 1 Co 6,14 ; 15,3-9. 20-23 ; 2 Co 4:14 ; Ph 2:11 ; etc.
[41]. On reconnaît ici un sensus plenior : le Christ en sa personne accomplit pleinement la Loi ; ou bien la Loi cesse, se vide, n’a plus de part directe au salut avec l’avènement du Christ. “Pour Paul, à la différence du judéo-christianisme, le Christ ne s’ajoute pas simplement à la Loi pour aider le chrétien à l’observer, mais il la remplace pour lui conférer la justice qu’elle veut mais ne peut pas assurer” (R. Penna, L’apostolo Paolo…, cit., 25).
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