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JOHN HENRY NEWMAN : Docteur de la fidélité créatrice

La proclamation de saint John Henry Newman comme Docteur de l’Église par le pape Léon XIV, à l’occasion du Jubilé de l’Éducation le 1er novembre 2025, a été pour beaucoup l’occasion de réfléchir sur sa vie et sur sa pensée. Articles de blog, publications dans la presse, actes de colloques universitaires : nombreux sont les hommages rendus à celui que le pape Benoît XVI a béatifié en 2010 et que le pape François a canonisé en 2019[1]. Il convient de se réjouir de son ascension fulgurante dans le cursus honorum sous trois papes successifs, tout comme de sa proclamation comme « co-patron, avec saint Thomas d’Aquin, de tous ceux qui participent au processus éducatif »[2]. Cependant, la diversité notable – et les contradictions flagrantes – des opinions exprimées à son sujet est manifeste. Anglicans et catholiques – convertis ou catholiques de naissance –, clercs et laïcs, théologiens et journalistes, conservateurs et libéraux, traditionalistes et progressistes, parlent de lui, en tout cas davantage dans les cercles intellectuels que dans le catholicisme populaire : il est évident que sa figure et sa pensée ont un impact favorable sur un large éventail de chrétiens cultivés.

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Dans son commentaire sur la pensée de Gabriel Marcel, Xavier Tilliette concluait : « Une fidélité vivante à soi-même, protectrice de l’intimité personnelle, apprend paradoxalement à s’ouvrir, à sympathiser à l’intériorité d’autrui. Davantage encore : ma “parcelle de création” ne s’éveille peut-être que par l’amour, ma présence à moi-même est éveillée, vivifiée par le mystère de la présence d’autrui ; ma fidélité à moi-même est suscitée, avivée par le mystère de la présence d’autrui, ma fidélité à moi-même est seconde par rapport  à la fidélité à autrui et, en définitive, conditionnée par elle. La fidélité est révélatrice. »[40] La « fidélité créatrice » de Newman puisait sa source dans son amour fondamental pour le Créateur et pour les créatures, envers lesquelles il s’engageait en amitié et avec un cœur de berger, imprégné du parfum des brebis. En ce Jubilé de l’Espérance 2025, le jugement que Tilliette a formulé sur Marcel s’accorde très bien avec Newman, Doctor creatricis fidelitatis : « Entre la sclérose et la révolution, entre une fidélité qui n’est plus créatrice à force de fidélité et une création qui n’est plus fidèle à force de créativité, [Newman] nous trace un chemin exigeant mais exaltant, la route même de l’espérance »[41].

 

© Éditions Parole et Silence | la Civilta Cattolica, 2026 – LCCfr 0625

 

La vie longue et tourmentée de saint John Henry Newman, récemment proclamé Docteur de l’Église, lui offrit de nombreuses occasions d’exercer son esprit critique et provocateur. À la lecture de ses écrits, on risque de négliger la caractéristique qui a marqué toute sa vie personnelle et intellectuelle : la « fidélité créatrice » (au sens où l’entendait Gabriel Marcel). D’un point de vue théologique, son étude approfondie du rapport entre la foi et la raison et sa célèbre théorie du développement de la doctrine constituent des traits distinctifs. L’auteur est professeur de théologie fondamentale à l’Université pontificale grégorienne.

 

 

[1] Cf.  M. P. Gallagher, «Il beato Newman, “defensor fidei”», in Civ. Catt. 2010 IV 8-18; N. Steeves, «Newman: fede, santità e immaginazione», in Civ. Catt. 2019 IV 163-176

[2] https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/homilies/2025/documents/20251101-messa-giubileo-formatori.html

[3] . H. Newman, «18 February 1866. To W. G. Ward», in C. S. Dessain (ed.), The Letters and Diaries of John Henry Newman, vol. XXII, London, Thomas Nelson and Sons Ltd, 1972, 157.

[4] Cf M. P. Gallagher, «Il beato Newman, “defensor fidei”», cit.; Id., Mappe della fede. Dieci grandi esploratori cristiani, Milano, Vita e Pensiero, 2011, 15-34.

[5] A. Dulles, Newman, London, Continuum, 2002, 113.

[6] J. H. Newman, « Quindici sermoni all’Università di Oxford », in Id., Scritti filosofici, Milano, Bompiani, 2005, 563. Newman a prononcé ce sermon à Oxford, le mardi suivant la Pentecôte 1841, citant en épigraphe 1 Cor 2,15 (« Mais celui qui est mû par l’Esprit juge de tout, et lui-même n’est jugé par personne »).

[7] D’autres aspects de la pensée de Newman peuvent également être pris en compte à cet égard : le sensus fidelium, l’unité de l’Église, la conscience et le cœur. Cf. H. Geissler, John Henry Newman. Ein neuer Kirchenlehrer, Heiligenkreuz, Be+Be-Verlag, 2023

[8] Comme d’autres docteurs de l’Église ont été définis depuis des siècles (par ordre de proclamation) : saint Augustin d’Hippone, Doctor gratiae ; saint Thomas d’Aquin, Doctor angelicus ; saint Bonaventure de Bagnoregio, Doctor seraphicus ; saint Bernard de Clairvaux, Doctor mellifluus ; et, plus récemment, sainte Thérèse de Lisieux, Doctor caritatis ; saint Irénée de Lyon, Doctor unitatis.

[9] Cf. G. Marcel, « La fidélité créatrice », in  Du refus à l’invocation, Paris, Gallimard, 1940, 4e ed., 192-225 ; « La fidélité créatrice», in Revue internationale de philosophie, vol. 2, n. 5, 1939, 90-115; . Cf. X. Tilliette, « La “fidélité créatrice”. Gabriel Marcel», in Communio (ed. fr.), n. 4, 1976, 49-57.

[10] Cf. G. Marcel « La fidélité créatrice », p. 193.

[11] Ibid, p. 207; cfr X. Tilliette, «La “fidélité créatrice”. Gabriel Marcel», cit., 49

[12] Cf. G. Marcel « La fidélité créatrice », p. 198.

[13] Ibid. p 209.

[14] X. Tilliette, « La “fidélité créatrice”. Gabriel Marcel », p. 55.

[15] Cf. G. Marcel « La fidélité créatrice », p. 218.

[16] Cf. G. Marcel « La fidélité créatrice », p. 222.

[17] Cf. G. Marcel « La fidélité créatrice », p. 223.

[18] X. Tilliette, « La “fidélité créatrice”. Gabriel Marcel », cit., 52.

[19] J. H. Newman, Apologia pro vita sua, Milano, Paoline, 2001, 138.

[20] Ibid. 191.

[21]  Ibid. 350.

[22]  Ibid. 344.

[23]  Ibid. 349.

[24] Ibid. 378.

[25] Ibid. 213.

[26] P. Udini, Il messaggio di J. H. Newman nei Sermoni parrocchiali, Vicenza, Libreria internazionale edizioni francescane, 1981, 66.

[27] . H. Newman, «Quindici sermoni…», cit., 127.

[28] Cf. Id., An Essay in Aid of a Grammar of Assent, London, Longmans, 1903, I, 4, 36-97 (in it. Grammatica dell’assenso, Milano, Jaca Book, 1980).

[29] Id., «Quindici sermoni…», cit., 435.

[30] Id., Discussions and Arguments, IV, 6, 295; citato in Id., An Essay in Aid of a Grammar of Assent, I, 4, § 3, 95

[31] Id., «Quindici sermoni…», cit., 475.

[32] Ibid, 563

[33] Ibid, 567

[34] Ibid

[35] J. H. Newman, «Quindici sermoni…», cit., 567

[36] Leon XIV, Angelus, 28 septembre 2025

[37] Paul VI, 7 avril 1975.

[38] J. H. Newman, «Quindici sermoni…», cit., 573.

[39] Id., Lo sviluppo della dottrina cristiana, Milano, Jaca Book, 74 s.

[40] X. Tilliette, «La “fidélité créatrice”. Gabriel Marcel», cit., 55.

[41] Ibid. 57

 

 

 

Nicolas Steeves

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